Réponse rapide

Depuis la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 contre les fraudes sociales et fiscales, la cession de parts d'une SCI (et de toute société à prépondérance immobilière) doit, à peine de nullité, être constatée par un acte authentique, un acte contresigné par avocat (article 1374 du Code civil) ou un acte d'expert-comptable habilité (nouvel article 1865-1 du Code civil). Le nouvel article 635-0 A du CGI bloque l'enregistrement fiscal en l'absence d'acte qualifié. C'est la fin de la cession « sous seing privé » entre particuliers : l'acte d'avocat est désormais placé au même rang que l'acte notarié.

Ce que change la loi anti-fraude du 25 juin 2026

La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales (JORF du 26 juin 2026) comporte, parmi ses 115 articles, une mesure qui bouleverse une pratique vieille de plusieurs décennies : la cession de parts de société civile immobilière par simple acte sous seing privé, rédigé entre les parties sans intervention d'un professionnel du droit.

Son article 68 crée un nouvel article 1865-1 du Code civil qui impose, à peine de nullité, un formalisme renforcé pour toute cession de parts ou d'actions d'une personne morale à prépondérance immobilière. L'objectif affiché par le législateur est double : renforcer la traçabilité des mutations de patrimoine immobilier détenu via des sociétés, et garantir l'intervention systématique d'un professionnel assujetti aux obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LCB-FT). Les SCI, fréquemment utilisées pour structurer la détention immobilière, étaient en effet un angle mort de la chaîne de contrôle anti-fraude.

Le dispositif a été validé par le Conseil constitutionnel (décision n° 2026-904 DC du 18 juin 2026), qui n'a remis en cause ni le principe du formalisme ni les mesures fiscales associées. Sauf disposition transitoire particulière, le nouvel article 1865-1 s'applique aux cessions conclues à compter de l'entrée en vigueur de la loi, au lendemain de sa publication au Journal officiel.

Quelles sociétés sont concernées ? La notion de prépondérance immobilière

Le nouveau formalisme ne vise pas toutes les sociétés civiles, mais les personnes morales à prépondérance immobilière au sens de l'article 726, 2° du Code général des impôts. Sont concernées les sociétés non cotées dont l'actif est, à la date de la cession ou l'a été au cours de l'année précédente, principalement constitué :

Le seuil de prépondérance est franchi lorsque plus de 50 % de l'actif brut est composé de tels biens. Deux points de vigilance pratiques : l'appréciation se fait sur l'actif brut (sans déduction des dettes, ce qui élargit le champ aux SCI fortement endettées), et l'affectation des immeubles est indifférente — qu'ils soient loués, exploités ou affectés à l'activité, ils entrent dans le calcul.

En pratique, sont visées au premier chef les SCI patrimoniales et familiales, les SCCV (sociétés civiles de construction-vente) et les sociétés civiles immobilières professionnelles, mais aussi les SARL et SAS immobilières dès lors que le seuil de 50 % est atteint. À l'inverse, les organismes de placement collectif immobilier (SCPI, OPCI) sont expressément exclus du dispositif.

Le nouveau formalisme : trois actes qualifiés, à peine de nullité

L'article 1865-1 du Code civil énonce que, à peine de nullité, la cession de parts sociales ou d'actions d'une personne morale à prépondérance immobilière est constatée par l'une des trois formes suivantes :

  1. un acte authentique, reçu par un notaire ;
  2. un acte contresigné par avocat, dans les conditions de l'article 1374 du Code civil ;
  3. un acte sous signature privée rédigé par un expert-comptable, dans le cadre strictement limité où il y est légalement habilité (acte accessoire à sa mission comptable).

C'est la fin de l'acte « griffonné sur un coin de table » : un acte de cession rédigé et signé par les seules parties, sans intervention d'un professionnel qualifié, est désormais frappé de nullité. La sanction n'est pas une simple amende : la cession est réputée n'avoir jamais existé. Le cédant n'a juridiquement rien vendu, le cessionnaire rien acquis, avec toutes les conséquences en chaîne sur la répartition du capital, les décisions sociales prises depuis, voire la revente ultérieure des parts.

Cette nullité peut être invoquée pendant tout le délai de prescription par tout intéressé — un coïndivisaire, un héritier, un créancier, l'administration fiscale — ce qui fait peser une insécurité durable sur les cessions irrégulières. D'où l'importance d'auditer sans délai les cessions en cours de finalisation.

L'acte d'avocat, désormais à parité avec l'acte notarié

C'est l'apport le plus marquant du texte pour les justiciables : pour la première fois, le législateur place l'acte contresigné par avocat au même niveau que l'acte authentique notarié pour une opération patrimoniale courante et à forts enjeux. La cession de parts de SCI peut donc être parfaitement sécurisée sans passer par un notaire.

L'acte contresigné par avocat (article 1374 du Code civil, issu de la loi du 28 mars 2011) n'est pas un simple écrit privé. En le contresignant, l'avocat atteste avoir pleinement éclairé les parties qu'il conseille sur les conséquences juridiques de l'acte. Il en résulte des effets renforcés :

L'avocat est par ailleurs un professionnel assujetti aux obligations LCB-FT (livre V, titre VI du Code monétaire et financier) : vérification de l'identité des parties, du bénéficiaire effectif et de l'origine des fonds. C'est précisément cette vigilance que la loi anti-fraude entend généraliser. Confier la cession à un avocat en droit des sociétés présente un triple avantage : la maîtrise du fond (rédaction des déclarations et garanties, articulation avec les statuts et un éventuel pacte d'associés), la confidentialité de l'opération, et un coût souvent inférieur à celui d'un acte notarié pour un service juridique équivalent.

« La loi anti-fraude consacre une évidence pour les praticiens : céder des parts de SCI n'est pas une formalité administrative, c'est une opération juridique qui engage un patrimoine. En plaçant l'acte d'avocat à parité avec l'acte notarié, le législateur reconnaît à l'avocat son rôle naturel de rédacteur et de garant de la sécurité de la cession. » — Maître Grégory Calas, avocat au Barreau de Paris

Le verrou fiscal : un enregistrement subordonné à l'acte qualifié

Pour rendre la mesure effective, la loi ne s'est pas contentée de la sanction civile de nullité. Elle crée un second verrou, fiscal cette fois : le nouvel article 635-0 A du Code général des impôts subordonne l'enregistrement de la cession à la présentation d'un acte authentique, d'avocat ou d'expert-comptable.

Concrètement, sans acte qualifié, l'administration fiscale refuse l'enregistrement de la cession. Or l'enregistrement conditionne la régularité de la mutation et l'inscription des nouveaux associés. Les deux verrous se renforcent : impossible d'enregistrer un acte nul, impossible d'opposer une cession non enregistrée. La cession irrégulière reste donc juridiquement et fiscalement inerte.

Rappelons que la cession de parts d'une société à prépondérance immobilière est soumise à un droit d'enregistrement de 5 % du prix (article 726, I, 2° du CGI), sans bénéficier de l'abattement de 23 000 € réservé aux cessions de parts de sociétés non immobilières. Ce taux élevé renforce l'enjeu d'un acte irréprochable, seul à même d'ouvrir la voie à un enregistrement valable.

Points de vigilance : sécuriser les cessions en cours

L'entrée en vigueur immédiate du dispositif impose quelques réflexes aux associés de SCI comme à leurs conseils :

Le réflexe « modèle téléchargé et signature entre soi » est désormais un risque majeur. La cession de parts de SCI rejoint le cercle des opérations qui exigent l'intervention d'un professionnel du droit dès la rédaction de l'acte.

Pourquoi confier votre cession de parts de SCI à un avocat

Le cabinet CG Legal accompagne les associés de SCI dans la sécurisation de leurs cessions de parts, de la vérification du seuil de prépondérance immobilière à la rédaction de l'acte contresigné par avocat, en passant par la mise à jour des statuts et l'enregistrement de l'opération. Notre expertise en droit des sociétés nous permet d'articuler le nouveau formalisme avec l'ensemble des problématiques de la cession : agrément statutaire, comptes courants, garantie d'actif et de passif, fiscalité de la plus-value et des droits d'enregistrement.

Que vous cédiez des parts dans une SCI familiale ou patrimoniale, ou que vous restructuriez la détention d'un immeuble professionnel, nous garantissons un acte conforme à l'article 1865-1 du Code civil et opposable en toute sécurité. Contactez notre cabinet pour un premier échange confidentiel sur votre projet de cession.

Points clés à retenir
  • Loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 : nouveau formalisme des cessions de parts immobilières (art. 68).
  • Nouvel article 1865-1 du Code civil : acte authentique, acte d'avocat ou expert-comptable, à peine de nullité.
  • Champ : sociétés à prépondérance immobilière (> 50 % de l'actif brut), art. 726, 2° CGI — SCI, SCCV, SARL/SAS immobilières. Exclusion SCPI/OPCI.
  • L'acte d'avocat (art. 1374 C. civ.) est placé au même rang que l'acte notarié : fin de l'acte sous seing privé entre particuliers.
  • Article 635-0 A du CGI : enregistrement refusé sans acte qualifié — double verrou civil et fiscal.
  • Droit d'enregistrement de 5 % du prix (art. 726, I, 2° CGI), sans abattement.
  • Dispositif validé par le Conseil constitutionnel (déc. n° 2026-904 DC du 18 juin 2026).

Questions fréquentes

Faut-il obligatoirement un notaire pour céder des parts de SCI depuis 2026 ?

Non. Le nouvel article 1865-1 du Code civil, issu de la loi du 25 juin 2026, offre trois formes équivalentes : l'acte authentique notarié, l'acte contresigné par avocat (article 1374 du Code civil) et, dans un cadre strictement limité, l'acte rédigé par un expert-comptable habilité. L'acte d'avocat suffit donc à valider juridiquement la cession : le recours au notaire n'est pas imposé.

Quelles sociétés sont concernées par le nouveau formalisme ?

Toutes les personnes morales à prépondérance immobilière au sens de l'article 726, 2° du Code général des impôts : les sociétés non cotées dont plus de 50 % de l'actif brut est constitué d'immeubles ou de droits immobiliers situés en France, ou de titres de sociétés elles-mêmes à prépondérance immobilière. Sont visées les SCI, les SCCV et les sociétés civiles, mais aussi les SARL ou SAS immobilières. Les placements collectifs (SCPI, OPCI) en sont exclus.

Quelle sanction si une cession de parts de SCI est faite par simple acte sous seing privé ?

La sanction est la nullité de la cession (article 1865-1 du Code civil) : juridiquement, la cession est réputée n'avoir jamais eu lieu. S'y ajoute un verrou fiscal : le nouvel article 635-0 A du Code général des impôts subordonne l'enregistrement à la production d'un acte qualifié. À défaut, l'administration refuse l'enregistrement et la mutation ne peut être opposée.

Qu'est-ce qu'un acte d'avocat et quelle est sa valeur juridique ?

L'acte contresigné par avocat, prévu par l'article 1374 du Code civil, est un acte sous signature privée que l'avocat contresigne après avoir pleinement éclairé les parties sur ses conséquences juridiques. Il fait pleine foi de l'écriture et de la signature des parties et dispense de toute mention manuscrite. La loi du 25 juin 2026 le place, pour la cession de parts immobilières, au même rang que l'acte authentique notarié.

Quels droits d'enregistrement s'appliquent à une cession de parts de SCI ?

La cession de parts d'une société à prépondérance immobilière est soumise à un droit d'enregistrement de 5 % du prix (article 726, I, 2° du Code général des impôts), sans l'abattement de 23 000 € réservé aux parts de sociétés non immobilières. Depuis la loi anti-fraude, cet enregistrement est subordonné à la présentation d'un acte authentique, d'avocat ou d'expert-comptable.

Le nouveau formalisme s'applique-t-il aux cessions signées à l'étranger ?

Oui. La loi vise à garantir l'intervention systématique d'un professionnel assujetti aux obligations de lutte contre le blanchiment (LCB-FT). Une cession de parts d'une SCI détenant des immeubles en France, même signée à l'étranger, doit donc être constatée par un acte authentique, un acte d'avocat ou un acte d'expert-comptable habilité, à peine de nullité.

Pour aller plus loin : consulter notre page expertise Droit des sociétés, l'article SCI familiale, patrimoniale et professionnelle, l'article Cession de parts sociales SARL et l'article Garantie d'actif et de passif.