Réponse rapide

L'earn-out est une clause de complément de prix conditionnel : 10 à 40 % du prix de cession reste payable après closing en fonction de la performance future de la cible (EBITDA, CA, marge) sur 1 à 3 ans. Validité conditionnée par les articles 1591 et 1592 du Code civil : formule suffisamment précise pour rendre le prix déterminable sans renégociation (Cass. com., 14 nov. 2018, n° 16-15.453). Devoir de loyauté de l'acquéreur (Cass. com., 24 mai 2017). Fiscalité du cédant : PFU 30 % à l'année du versement effectif.

Pourquoi recourir à une clause d'earn-out ?

L'earn-out sert à combler un écart de valorisation entre cédant et acquéreur. Le cédant valorise son entreprise sur la base de prévisions ambitieuses ; l'acquéreur n'achète pas un futur incertain. La clause d'earn-out résout cette tension en faisant payer une partie du prix conditionnellement à la réalisation effective des prévisions.

Trois cas d'usage typiques :

Statistiquement, l'earn-out concerne 30 à 50 % des opérations M&A small & mid-cap en France. Sa proportion typique : 10 à 25 % du prix total dans les cessions matures, jusqu'à 40-50 % dans les startups en hyper-croissance ou les acquisitions de cabinets de conseil.

Quelle base juridique pour la clause d'earn-out ?

La validité de l'earn-out repose sur deux articles fondamentaux du Code civil :

Article 1591 : exigence de prix déterminé ou déterminable

L'article 1591 dispose que le prix de la vente doit être déterminé et désigné par les parties. La jurisprudence interprète cette exigence avec souplesse : un prix qui n'est pas chiffré au moment du contrat est valable s'il est déterminable par référence à des éléments objectifs ne nécessitant pas de nouvelle négociation. C'est le principe de l'earn-out.

Article 1592 : recours à un tiers évaluateur

L'article 1592 autorise le recours à un tiers (expert) pour fixer le prix. En pratique, l'earn-out combine les deux : la formule de calcul est posée dans l'acte (1591) et un expert peut être désigné en cas de désaccord sur les comptes (1592, expertise comptable contradictoire).

Jurisprudence cardinale

Trois arrêts structurent la matière :

Comment choisir les indicateurs de performance (KPIs) ?

Le choix du KPI conditionne la robustesse économique et juridique de la clause. Quatre indicateurs sont utilisés en pratique :

La pratique combine souvent un seuil d'EBITDA cumulé avec deux bornes : un floor (montant minimum garantit) et un cap (plafond protégeant l'acquéreur). Exemple : earn-out de 0 % si EBITDA cumulé < 5 M€, linéaire entre 5 et 8 M€, plafond à 100 % si ≥ 8 M€.

« L'earn-out se gagne ou se perd dans la définition des règles comptables annexées à l'acte. Quel périmètre ? Quels reclassements ? Quelle imputation des coûts intra-groupe ? L'expérience montre que le contentieux ne porte presque jamais sur la formule mais sur l'interprétation des chiffres. Mieux vaut 30 pages d'annexes comptables que 5 lignes de litige. » — Maître Grégory Calas, avocat au Barreau de Paris

Quelle durée et quel calendrier de versement ?

La durée standard d'un earn-out est de 1 à 3 ans après le closing :

Trois structures de paiement sont possibles :

  1. Versement unique en fin de période : sécurise la mesure mais retarde la liquidité. Convient à un earn-out cumulatif sur 36 mois.
  2. Versements annuels au prorata : paliers d'EBITDA atteints chaque année donnent lieu à un versement partiel. Améliore la liquidité mais complexifie le suivi comptable.
  3. Versement en deux temps (après 12 mois et après 24 mois) : compromis fréquent, équilibre suivi et trésorerie.

Quelles protections pour le cédant pendant la période d'earn-out ?

Sans protections contractuelles fortes, l'acquéreur peut diluer mécaniquement l'earn-out par ses décisions de gestion. Quatre protections classiques :

  1. Devoir de loyauté contractualisé : transcrire dans l'acte de cession l'obligation pour l'acquéreur de gérer la cible en bon père de famille et de ne pas prendre de décisions défavorables à la performance de l'earn-out (Cass. com., 24 mai 2017 codifie la jurisprudence). Sanctions : dommages et intérêts mesurés sur la perte d'earn-out subie.
  2. Liste de décisions soumises à accord du cédant : fusions, transferts d'actifs, réorganisations comptables, licenciements massifs hors plan budgétaire, distribution de dividendes au-delà d'un seuil, modification du plan stratégique. Le cédant conserve un droit de veto pendant la période.
  3. Maintien des dirigeants cédants en fonction avec mandat protecteur (clause de sauvegarde de l'autonomie de gestion), management package incitatif, et clauses de bad leaver activées en cas de licenciement abusif réduisant l'earn-out.
  4. Mécanisme d'audit comptable contradictoire annuel : le cédant désigne son expert qui peut auditer les comptes de la cible et challenger la base de calcul de l'earn-out. En cas de désaccord, recours à un expert indépendant (article 1592 C. civ.) dont la décision est définitive.

Quels sont les pièges juridiques classiques ?

Les contentieux d'earn-out se concentrent sur quelques pièges récurrents :

Quelle est la fiscalité de l'earn-out pour le cédant ?

Les sommes perçues au titre de l'earn-out suivent le régime de la plus-value initialement appliquée à la cession des titres : il s'agit d'un complément de prix, non d'un revenu nouveau (BOI-RPPM-PVBMI-20-10-10 du 19 mai 2014).

L'imposition intervient l'année du versement effectif de l'earn-out, et non celle du closing initial. Cette règle est centrale : elle permet d'étaler la fiscalité dans le temps mais expose à un changement de régime si la loi fiscale évolue entre la cession et le versement. Pour sécuriser, certains praticiens recommandent une clause de renégociation fiscale en cas de changement substantiel.

Points clés à retenir
  • L'earn-out = complément de prix conditionnel, 10-40 % du prix total, durée 1-3 ans.
  • Validité conditionnée par les articles 1591 et 1592 C. civ. : formule suffisamment précise pour rendre le prix déterminable.
  • Cass. com. 14 nov. 2018 : nullité possible pour indétermination du prix si formule vague.
  • Cass. com. 24 mai 2017 : devoir de loyauté de l'acquéreur pendant la période d'earn-out.
  • KPI standard = EBITDA avec floor + cap ; éviter le résultat net (manipulable).
  • Protections : maintien dirigeants, liste décisions interdites, audit contradictoire annuel.
  • Fiscalité : PFU 30 % à l'année du versement effectif, complément de prix de cession.
  • Articulation GAP : prévoir clause anti-compensation explicite.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une clause d'earn-out dans une cession d'entreprise ?

L'earn-out est une clause de complément de prix conditionnel stipulée dans la promesse ou l'acte de cession : une partie du prix de l'entreprise (typiquement 10 à 40%) reste à payer après le closing et son montant dépend de la performance future de la cible (chiffre d'affaires, EBITDA, marge brute, EBIT, génération de cash) sur une période de référence de 1 à 3 ans. Cette clause vise à combler un écart de valorisation entre cédant et acquéreur en partageant le risque de réalisation des prévisions.

Une clause d'earn-out est-elle juridiquement valable en droit français ?

Oui, sous conditions strictes posées par les articles 1591 et 1592 du Code civil. L'article 1591 exige que le prix soit déterminé ou déterminable. L'article 1592 admet que le prix soit fixé par un tiers (expert), ce qui ouvre la voie à l'earn-out. La Cour de cassation valide la clause d'earn-out à la condition que la formule de calcul soit suffisamment précise pour rendre le prix déterminable sans nouvelle négociation (Cass. com., 14 novembre 2018, n° 16-15.453). À défaut, la cession peut être annulée pour indétermination du prix.

Comment choisir les indicateurs de performance (KPIs) de l'earn-out ?

Le choix de l'indicateur conditionne la robustesse de la clause. L'EBITDA (excédent brut d'exploitation, indépendant de la politique de financement et fiscale) est le plus utilisé en M&A car peu manipulable. Le chiffre d'affaires est plus simple mais peut inciter à des ventes non rentables. Le résultat net est sensible aux décisions de gestion post-acquisition (charges intra-groupe, restructurations) et donc plus risqué pour le cédant. La pratique combine souvent un seuil d'EBITDA cumulé avec un floor (montant minimum) et un cap (plafond) pour borner le risque acquéreur.

Quelle durée et quel calendrier prévoir pour un earn-out ?

La durée standard est de 1 à 3 ans après le closing. Une période trop courte (12 mois) ne permet pas de mesurer une tendance robuste et favorise les manipulations comptables ponctuelles. Une période trop longue (au-delà de 3 ans) éloigne le paiement et amplifie les risques d'évolution stratégique de l'acquéreur défavorable au cédant. Les versements peuvent être annuels (paliers, prorata atteinte d'objectifs intermédiaires) ou unique en fin de période (sécurise mais retarde la liquidité).

Quelles protections pour le cédant pendant la période d'earn-out ?

Trois mécanismes contractuels protègent le cédant de la dilution de l'earn-out par les décisions de l'acquéreur. (1) Devoir de loyauté de l'acquéreur consacré par Cass. com., 24 mai 2017, n° 15-23.948 : interdiction d'actes de gestion défavorables à la performance de la cible. (2) Clauses comportementales explicites (interdiction de fusion, de transferts d'actifs, de réorganisations comptables, de licenciements massifs hors plan budgétaire). (3) Maintien des dirigeants cédants en fonction pendant la période d'earn-out, avec management package et clauses de bad leaver.

Quelle est la fiscalité de l'earn-out pour le cédant personne physique ?

Les sommes perçues au titre de l'earn-out sont imposées comme un complément de prix de cession et suivent le régime de la plus-value mobilière initialement appliquée à la cession des titres : prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30% (12,8% IR + 17,2% prélèvements sociaux) ou option globale pour le barème progressif IR + 17,2% PS avec abattement éventuel pour durée de détention. L'imposition intervient l'année du versement effectif, et non l'année du closing initial (BOI-RPPM-PVBMI-20-10-10 du 19 mai 2014). L'abattement dirigeant retraité de 500 000 € (article 150-0 D ter CGI) peut couvrir les compléments de prix sous conditions strictes.

Pour aller plus loin : consulter notre page expertise Cessions & acquisitions, l'article Garantie d'actif et de passif, l'article Due diligence juridique et l'article Pacte commissoire et garanties M&A.